Dedans Dehors

Que l’apparition du visage dans le miroir soit accueillie par une mimique de jubilation, loin de mettre en mouvement, comme le pense Lacan, la dialectique de l’identification à l’autre, marque en fait le point culminant d’un long processus de projection dont le but est de constituer dans sa différence le visage de l’autre auquel le sujet s’est d’abord identifié. « L’assomption jubilatoire » acquiert alors une triple signification : elle est achèvement de la coupure primordiale du dedans et de dehors ; elle est dépassement de l’inquiétante étrangeté primitivement liée à la perception du double ; elle est confirmation du primat absolu de cette même perception. (...) 



L’opposition corps réel – corps imaginaire ne renvoie pas à des entités séparées mais à deux fonctions qui correspondent à l’absence et à la présence d’un imaginaire que médiatise la projection. Par conséquent, ce sont deux manières d’appréhender comme une et multiple, la même réalité soustraite au dualisme psyché-soma. (...)  

Le sentiment d’inquiétante étrangeté implique le retour à cette organisation particulière de l’espace où tout se réduit au-dedans et au dehors et où le dedans est aussi le dehors. (...) 

Dans la dépersonnalisation […], le corps devient le lieu de la scène primitive. Sans cette inflexion sur le corps qui, du coup, devient un espace onirique, l’identification multiple aboutirait au vertige de l’identité personnelle, sans atteindre le corps en son identité. (...) 

Des points de fixation communs rendent compte de l’apparition, quand cède un syndrome allergique, de phénomènes confusionnels de type psychotique. L’imaginaire prend […] la relève de la somatisation. Ainsi s’évanouissent et les manifestations allergiques et les troubles concomitants de l’image du corps.



Qu’en est-il de cette absence de rêves ? Est-elle le signe d’un fonctionnement de plus ou de moins ? Au lieu d’y voir une carence réelle, il faut plutôt y reconnaître l’exemple typique d’un refoulement impeccable qui porte sur toute la fonction de l’imaginaire. […] Non seulement le rêve se trouve exclu de la vie psychique, mais il a, du même coup, cessé d’intéresser, tant en lui-même qu’en ses équivalents diurnes. Désormais, il n’y a ni rêves, ni fantasmes, ni affects, comme si tout devait se réduire à un réel extérieur au sujet. […] Que le rêve n’existe plus renvoie dès lors à un persistant oubli que le manque d’intérêt renforce et qui, à son tour, renforce le manque d’intérêt. C’est ainsi que prend forme une tendance à remplacer l’imaginaire privé par l’imaginaire public et que les normes socioculturelles viennent occuper la place laissée vide par une subjectivité qui se retire. […] Ce que le concept d’ « alexithymie » met sur le compte d’un déficit réel, d’une « carence fantasmatique », apparaît ainsi comme la conséquence d’un processus qui ouvre à la recherche et à la thérapeutique une autre perspective [repenser la problématique du refoulement à partir de la fonction de l’imaginaire].


Mahmoud Sami-Ali - Corps réel, corps imaginaire : Une épistémologie du somatique (1977)




___________________ (ao menino morto, eu próprio)


A tarde declina com uma luz ténue.

Estou grave e calmo,

E não preciso de ninguém

Nem a luz da tarde me comove: entendo-a.

Até as imagens me são inúteis porque contemplo tudo.



Os ventos rodam, rodam, gemem e cantam

E voltam. São os mesmos:

Como os conheço desde a infância!

E a terra húmida das tapadas da quinta...

O estrume da égua morta quando eu tinha seis anos

Gira transparente nesta brisa fria...

(Na noite gotas de orvalho sumiam-se sob as folhas das ervas...)


Oh, não há solidão nas neblinas de inverno

Pela erma planície...

E foi engano julgar-te morto e tão só nas tapadas em silêncio...

Agora sei que vives mais

Porque começo a sentir a tua presença, grande como o silêncio...

Já me não vem a vaga tristeza do teu chamamento longínquo.

Já me confundo contigo.




REQUIEM - Cristovam Pavia 

(Lisboa, 7 de Outubro de 1933 - 13 de Outubro de 1968)

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